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Voici un article qui a été imprimé en Le Temps, un journal suisse, le 31 janvier 2009. C'est écrit par Sylvie Arsever à propos de trois chercheuses qui ont étudié le regard des journalistes sur les femmes pendant les dernières trois décennies. J’espère que vous le trouvez intéressant...
Femmes dans la presse romande: fraîche, énergiques et si faibles!
Les femmes restent sous-représentées dans les colonnes des journaux romands...
Pascal Couchepin a une mine de petit garçon pris en faute. Mark Muller est un conseiller d’Etat de charme, paré d’une quarantaine toute en fraîcheur mais toujours prudente. Et c’est tout de gris vêtu que Hans-Rudolf Merz, crâne chauve et cravate bleue, s’est rendu à Bruxelles pour y discuter des pratiques cantonales en matière de fiscalité.
Etonnés? Vous avez raison. Les médias romands, en général, ne parlent pas ainsi de Pascal Couchepin, Mark Muller et Hans-Rudolf Merz. Mais ils l’ont fait, dans l’ordre, avec Ruth Dreifuss, Patrizia Pesenti et Micheline Calmy-Rey. Car selon qu’ils sont hommes ou femmes, les politiciens suisses sont traités différemment par les médias.
Telle est la thèse de trois chercheuses de l’Université de Lausanne. Sylvie Durrer, Nicole Jufer et Stéphanie Pahud ont étudié la presse romande entre 1980 et les années 2000. Elles se sont intéressées à la présence féminine au sein des rédactions, à la fréquence d’apparition des femmes dans les colonnes des journaux et aux méthodes utilisées pour les décrire.
Les signatures féminines sont très minoritaires dans les journaux romands: une sur quatre en 1982 et ça ne s’améliore pas par la suite. Les rédactrices n’ont pas plus de difficulté que leurs confrères à placer leurs articles en tête de page, voire en une, mais on leur confie plus volontiers des rubriques liées à la vie quotidienne – services, société, sciences – que les sujets politiques ou économiques.
Les femmes sont aussi nettement sous-représentées dans le contenu des journaux. Elles y occupent 12% des mentions en 1982, 18% en 2003 et apparaissent un peu plus souvent sous des signatures féminines et dans les magazines.
Les chercheuses n’ont pas tenté de vérifier dans quelle mesure cet effacement féminin était explicable par une sous-représentation des femmes dans les champs traités. C’est sans doute en partie le cas: les femmes sont ainsi plus présentes dans les rubriques people. Mais cela n’explique pas tout: plusieurs études précédentes montrent qu’à qualité égale une femme politique ou universitaire a moins de chances d’être citée dans la presse.
Mais être citée n’est pas tout: il y a la manière. Et la manière, montrent les chercheuses, laisse souvent à désirer. Les femmes sont plus souvent anonymes, et lorsqu’elles apparaissent nominalement, elles sont vite affublées – affectueusement – de leur seul prénom.
Patty, Esther, ou Condi doivent en outre être régulièrement décrites aux lecteurs. Là où l’on se contente de désigner le sportif, le présentateur ou l’homme politique par sa fonction, la femme est renvoyée à son apparence physique. Il suffit d’un mot: la couleur des cheveux, du vêtement, l’expression d’yeux dont on a à cœur de préciser qu’ils sont «de braise», «azur» ou «légèrement en amande».
Cette abondance de descriptions, toutefois, ne débouche pas sur la variété mais sur le stéréotype. Car finalement, les femmes, people ou quidams, présentent toutes les mêmes caractéristiques: elles sont fraîches, longtemps jeunes puis, passé la quarantaine, elles deviennent immanquablement énergiques et dynamiques. Ces caractéristiques sont d’autant plus admirables qu’elles sont très souvent petites: elles serrent leurs petits poings, se meuvent comme un «diablotin libéral» (Martine Brunschwig-Graf) et font souvent un «petit bout de femme».
Toute cette énergie est souvent dépensée en vain. Les femmes ont un penchant déplorable à la défaite – là où les sportifs ont failli gagner, les sportives échouent, notent les chercheuses. En politique, elles sont souvent présentées comme des égéries même lorsqu’elles sont actives personnellement. Et lorsqu’elles s’imposent, c’est parce qu’elles sont des pasionarias ou des dames de fer. Il faut dire qu’avec elles, le sentiment n’est jamais loin: lorsqu’elles parlent, elles «bafouillent», «s’émerveillent», «s’émeuvent» volontiers.
Là encore, on peut s’interroger: quelle est dans ces descriptions la part du biais médiatique et celle des représentations culturelles communes? Une chose est sûre: la presse, dans cette affaire, ne joue pas un rôle très progressiste.
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